Archives · Dossier DNR-2945-VEGA · Chronique intégrale

Les archives de la DAWNSTAR

Chronique d'une corporation née dans la cendre de Vega

« On ne nous a pas donné le Verse. On l'a arraché, système après système, à ceux qui voulaient notre peau. »Attribué à l'Amiral Hellyon
I

Le ciel de Vega

Il faut commencer par une date, parce que tout commence par elle. Le 5 octobre 2945.

Ce jour-là, un Clan vanduul mené par un Kingship, l'une de ces cathédrales de métal noir grandes comme des villes, franchit le point de saut depuis Virgil et tomba sur Aremis. La verte, la paisible Vega II, celle qu'on disait « planète à surveiller », celle où l'on venait pour le loyer bon marché et les vergers. En quelques heures, New Corvo, la cité-baie, la porte d'entrée du monde, brûlait. Les Scythe rasaient les rues à hauteur d'homme. Saint-Aerik débordait de blessés couchés à même le sol, dans la poussière et le sang, et l'on ne savait plus qui pleurait, qui priait, qui était déjà mort.

La 2ᵉ Flotte de l'amiral Ernst Bishop était dans le secteur, elle avait filé les éclaireurs du Clan. Trois heures durant, au-dessus des anneaux d'Aremis, les destroyers et le Bengal se battirent contre plus grand qu'eux. Et pour la première fois de l'Histoire, un Kingship s'éteignit. Les Vanduul rompirent. Bishop avait gagné.

Puis la Flotte est repartie. C'est toujours ce que font les flottes. Elles gagnent, elles saluent, elles s'en vont vers la bataille suivante.

Nous, nous sommes restés. Parce qu'Aremis, c'était chez nous. Parce qu'il fallait bien relever les corps, éteindre les incendies et regarder le ciel vide en se demandant quand ils reviendraient. C'est dans cette poussière, sous ces anneaux, qu'une poignée de survivants a cessé d'être une foule terrorisée pour devenir autre chose. Une volonté. Le 11 novembre, l'UEE déclarait la guerre aux Vanduul. Nous, on l'avait déjà déclarée. Le 5 octobre. Chacun pour nos morts.

II

L'Amiral

On ne fonde rien seul, mais il faut bien quelqu'un pour tenir la première pierre. Chez nous, ce fut Hellyon.

Ne cherchez pas en lui le guerrier tatoué des affiches de recrutement. Hellyon n'a jamais aimé le fracas. Son arme, c'est la parole, et sa mémoire est une carte du Verse. Il connaît des centaines de corporations, leurs chefs, leurs rancunes, leurs dettes, leurs mensonges. Il n'oublie rien. Un nom prononcé une fois lui revient dix ans plus tard, et une trahison, jamais il ne la perd.

On dit qu'il tient dans sa tête l'équilibre entier des alliances de notre coin de galaxie, et c'est sans doute vrai. Il est la mémoire diplomatique de la corporation. Quand une flotte ennemie renonce à nous tomber dessus, ce n'est pas toujours qu'elle nous craint. Souvent, c'est que Hellyon a déjà parlé, la veille, à trois capitaines qui lui doivent une faveur.

Autour de lui, il n'y avait rien qu'un rassemblement de survivants. Des mécaniciens, des pilotes de ligne, des cultivateurs d'Aremis qui n'avaient jamais tenu une commande de tir. Pas une armée. Pas encore. Mais des gens qui avaient tous la même raison de rester, et cette raison-là vaut parfois mieux qu'un entraînement. C'est avec ça, et avec la parole d'un homme qui n'oublie rien, que la chose a commencé.

III

La trahison d'Obéron

En 2946, l'UEE porta la guerre chez l'ennemi. On l'appela l'Opération Mandrake, et elle nous mena aux confins d'Obéron, à la lisière noire du territoire vanduul.

On nous confia une reconnaissance. Rien d'héroïque, entrer, observer, ressortir. Des corsaires indépendants, des mercenaires que nous prenions pour des frères d'armes, avaient juré de couvrir nos arrières. Nous les avions payés. Nous leur avions serré la main.

Ils ont plié bagage à la seconde où le premier Glaive a percé le brouillard.

Ce qui devait durer une heure a duré une nuit. Encerclés, coupés du saut, nous nous sommes battus dos à dos, à compter les munitions et les silences, dans les canaux où auraient dû répondre des voix. Nous avons repoussé la meute. Seuls. Il nous en a coûté trop des nôtres, des noms qu'on prononce encore à voix basse, les soirs où l'on boit à ceux qui manquent.

De cette nuit, il nous est resté deux choses. Une cicatrice d'abord, celle qu'on ne montre pas. Et une loi ensuite, gravée dans l'acier de tout ce que nous avons construit depuis : ne plus jamais dépendre de quiconque. Plus jamais confier nos arrières à une main que nous ne tenons pas.

Au petit matin d'Obéron, ceux qui restaient se sont donné un nom. Pas un cri de guerre tapageur. Un nom pour ce qu'ils venaient de traverser, la première lumière après la nuit la plus longue. DAWNSTAR.

IV

La maison qui faillit tomber

On croit toujours qu'une corporation meurt sous les coups de l'ennemi. La vérité est plus banale. La nôtre a failli mourir de sa propre croissance.

Le nom neuf attira du monde. Des tacticiens réputés, des vétérans qui avaient bâti d'autres bannières avant la nôtre. Ils ont posé des fondations solides et je ne le nierai pas. Mais certains n'étaient venus que pour la bannière, et le jour où la corporation n'a pas voulu leur donner ce qu'ils espéraient, ils sont partis fonder la leur. Hellyon les a regardés faire, sans un mot de trop, sans une menace. Il a refermé la porte et il est passé à autre chose.

La DAWNSTAR a vacillé cette année-là. Réduite, moquée par ceux qui la disaient finie. Elle n'est pas tombée, parce que ceux qui sont restés n'étaient pas venus pour une bannière.

V

Le forgeron

Elle ne s'est pas relevée par un général. Elle s'est relevée par un caporal.

Il s'appelle zygomatik. Aérospatiale, sur le papier. Stratège éprouvé, pilote catastrophique, et le premier à en rire : « donnez-moi un plan de bataille, pas un manche à balai ». Avant la guerre, dans une vie qu'il évoque rarement, il était ingénieur de structures pour un grand groupe industriel de Stanton, à l'ombre des tours de microTech. Une carrière tranquille, un salaire confortable, un avenir tout tracé dans le verre et l'acier climatisé.

Il a tout plaqué pour la cendre de Vega.

Depuis, il ne s'arrête jamais. C'est une maladie chez lui, et nous en vivons. Toujours un projet en cours, toujours un prototype démonté sur l'établi, toujours une idée qui l'empêche de dormir et qui, trois nuits plus tard, devient un outil que personne d'autre dans le Verse ne possède. Il a conçu la quasi-totalité de nos systèmes, nos réseaux, nos ateliers, nos protocoles, la façon même dont nos vaisseaux se parlent. Ce qui n'existait pas, il l'a inventé. Ce qui existait, il l'a détourné. On l'a vu ressusciter un Reclaimer bon pour la casse et en faire un piège mortel. On l'a vu tirer d'une épave vanduul de quoi aveugler un Clan entier.

Un savant fou, disent ceux qui ne le connaissent pas. C'est vrai. Mais c'est le nôtre. Et c'est grâce à lui qu'une petite corporation de survivants est devenue, sur le plan technologique, la structure la mieux établie du Verse.

VI

La main de fer

Bien armée, brillante, riche en cerveaux, la DAWNSTAR avait tout sauf un soldat pour la mener au feu.

Elle était gouvernée par des esprits fins, un diplomate, un ingénieur, des théoriciens. Il lui manquait quelqu'un qui sache non pas penser la guerre, mais la faire. Il est arrivé sans bruit. Darkcrus.

Grand combattant, plus grand stratège encore, il a regardé notre corporation bien équipée et brouillonne, et il l'a prise en main. Il n'a pas commencé par les batailles. Il a commencé par l'école. Patiemment, durement, il a formé l'état-major à un art qu'il résumait en trois principes.

« On ne jette pas ses hommes dans la gueule du Vanduul pour une médaille. »

La force, quand il le faut : concentrer, frapper, briser. La ruse, quand elle suffit : laisser l'ennemi choisir le terrain à votre place. Et la retraite, quand la victoire ne vaut pas le prix : rompre, décrocher, sauver ses hommes. De cette école est né notre fer de lance, la pointe du couteau, capable d'ouvrir une brèche là où d'autres n'auraient vu qu'un mur.

VII

Trois façons de vaincre

Je pourrais te raconter cent batailles. Je t'en donnerai trois, et une quatrième qui n'en est pas une. Elles disent, mieux qu'un discours, ce que nous sommes.

Par la force. Quand un convoi de réfugiés d'Aremis dut traverser un couloir que les Vanduul saignaient depuis des semaines, il n'y avait rien à ruser. Il fallait tenir. Darkcrus ancra un Idris en travers de la route, flanqué de deux Polaris, et déploya devant eux un rideau de Hammerhead. Les Scythe vinrent par vagues, les Hammerhead les fauchèrent par vagues. Pendant ce temps, nos Retaliator et un A2 Hercules éventraient les Blade lourds qui forçaient le flanc. Six heures de feu ininterrompu. Pas un cargo perdu. Parfois, il n'y a pas de finesse, seulement une ligne qui refuse de plier.

Par la technologie. L'Opération Hator ne fut gagnée par personne aux commandes d'un chasseur. Elle fut gagnée dans l'atelier de zygomatik, des semaines avant le premier tir. Un Clan trois fois supérieur en nombre patrouillait un point de saut que nous devions prendre. Se battre à découvert, c'était mourir. Alors zygomatik tissa un filet : brouillage, leurres, et surtout des capteurs arrachés à une épave vanduul, retournés contre leurs anciens maîtres. Le soir de l'assaut, le Clan était aveugle sans le savoir. Il tirait sur des fantômes, se déchirait sur ses propres échos. Nos Eclipse glissèrent dans ce chaos et lâchèrent leurs torpilles à bout portant. Nous étions moins nombreux. Nous voyions, eux non. La bataille dura neuf minutes.

Par la ruse. À la Brèche de Virgil, nous avons appris à un Clan trop sûr de lui ce que coûte l'orgueil. Nous avons lâché un Hull C à découvert, lourd, lent, gras de cargaison, comme un blessé qu'on abandonne. Les Vanduul fondirent dessus, tous, sans réfléchir. Ils ne virent le champ d'astéroïdes se refermer qu'à l'instant où nos Sabre, tapis moteurs éteints dans l'ombre des rochers, se rallumèrent d'un coup dans leur dos. Nous n'avons pas vaincu parce que nous étions plus forts. Nous avons vaincu parce que nous leur avions fait choisir le terrain à notre place.

Et la quatrième. Un jour, les chiffres étaient contre nous. Un Clan frais, un Kingship en approche, et un état-major qui, ailleurs, aurait crié « chargez ! » pour l'honneur. Darkcrus dit simplement : « on décroche. » Il le dit sans trembler, sous le regard de ceux qui rêvaient de gloire. Nos Carrack et nos Cutlass Red évacuèrent les positions avancées pendant que les Hammerhead couvraient la retraite, mètre par mètre, jusqu'au dernier. Ce jour-là, nous avons cédé du terrain. Nous n'avons pas cédé un seul homme. Darkcrus appelait ça une victoire. Il avait raison.

VIII

La dernière bataille

Deux ans. Deux ans durant, Darkcrus est presque toujours revenu vainqueur. Assez pour qu'on finisse par croire qu'il était de fer.

Mais le fer aussi se fatigue. La guerre l'avait usé, les campagnes sans répit, les décisions qu'aucun autre ne voulait prendre, et cette solitude particulière des hommes trop lucides, trop droits pour se mentir, trop fidèles à leurs principes pour les trahir même quand ç'aurait été plus simple. Il portait tout cela sans jamais le poser.

À sa dernière bataille, il fit ce qu'il faisait toujours : il gagna. Il vit les Vanduul rompre, décrocher, fuir vers le saut. Le champ était à nous. Ses hommes étaient saufs, tous.

C'est alors, seulement alors, qu'il s'est laissé tomber. Sur le pont, au milieu des siens, la bataille finie, l'ennemi en déroute. Comme s'il avait attendu que ce soit permis.

Il n'a pas donné sa vie pour la gloire. La gloire, il s'en fichait. Il l'a donnée pour eux, pour chacun de ceux qui, ce soir-là, sont rentrés grâce à lui.

Honneur au Lieutenant Darkcrus. La DAWNSTAR porte son deuil, et aucun de nous n'a oublié.

IX

Celui qui vient

Il y a des gens qu'on remarque tard, parce qu'ils ne font pas de bruit en arrivant. willibill est de ceux-là.

Lieutenant. Il a servi sous Darkcrus, il a écouté ce qu'il y avait à écouter, et il a gardé ce qui lui servait. Le reste, il l'a trouvé seul. On lui reconnaît le même sang-froid, la même façon de regarder un champ de bataille comme un problème à résoudre plutôt qu'une tempête à subir, mais personne chez nous ne le prend pour la copie de quelqu'un d'autre. Sa doctrine est la sienne, et elle ne ressemble à aucune autre.

Là où il surprend, c'est ailleurs. Willibill a les mains d'un bâtisseur. Il conçoit des machines qui défient l'entendement, il démonte des systèmes que leurs auteurs croyaient inviolables, et il en tire des avantages que personne n'avait envisagés. Le forgeron et le stratège réunis dans un seul homme, et un homme encore jeune.

Il ne travaille pas seul. L'Amiral l'introduit dans le grand jeu des alliances, zygomatik lui ouvre l'atelier et ses folies. Mais les décisions, désormais, portent son visage. La doctrine de Darkcrus marche encore. Willibill, lui, marche devant.

État-major
HellyonL'Amiral · Mémoire diplomatiqueN'a jamais oublié un nom, ni une dette.
zygomatikLe Forgeron · Ingénierie & technologieNe dort pas. Invente ce qui n'existe pas.
Darkcrus †Le Stratège · Bâtisseur de tombes vanduulTombé debout, sa dernière bataille gagnée.
willibillLa Relève · Stratège & concepteurPense la guerre et construit ce qu'elle exige.
X

Toi

Voilà qui nous sommes.

Pas des élus. Pas des héros de propagande. Des gens ordinaires : un diplomate qui n'oublie rien, un ingénieur qui ne dort pas, un stratège tombé debout, un lieutenant qui construit la suite. Et derrière eux, des centaines d'autres dont l'Histoire ne retiendra pas le nom, mais sans qui rien ne tiendrait. Des mécaniciens, des pilotes, des logisticiens, des soldats. Des gens qui, un jour, ont refusé de fuir.

Peut-être que tu ne connais rien à Star Citizen. Peut-être que tu n'as jamais tiré un coup de canon ni posé un vaisseau sur une piste. Ça n'a aucune importance. Nous avons commencé nous aussi dans la poussière, sans rien savoir, avec pour seul bagage la volonté de ne pas rester seuls.

Si, en lisant tout ça, quelque chose en toi a répondu, alors tu sais déjà où nous trouver.

Voilà l'histoire de la DAWNSTAR. Un jour, elle sera peut-être la tienne.

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